Comme dans la vie extérieure : à chaque évènement chacun réagit d'une manière différente. Les arrivants ne font
pas figure d'exception, ils réagissent, eux aussi, tous différemment. Certains pleurent : c'est leur deuxième jour d'incarcération et leur famille leur manque déjà, "Que vont penser mes enfants
de moi?", "Je ne veux pas que mes parents viennent me voir ici" Pourquoi ? "J'ai honte". Ils sont souvent gênés de laisser filer leurs larmes alors ils luttent avec le menton tremblant et les
yeux luisants. Quand on leur explique que nous ne sommes pas là pour porter un jugement, en général ils ne luttent plus, ils redeviennent enfants et ils pleurent. Je suis toujours émue par les
larmes de ces hommes qui paraissent pourtant si durs et si solides.
D'autres ne faiblissent pas, ils en sont à leur cinquième, dixième, quinzième incarcération, ils ont l'habitude, ils acceptent : "J'ai refait une connerie, j'assume". On ne peut pas dire qu'ils
soient contents d'être là mais ils sont résignés à attendre leur sortie avec plus ou moins de patience. Pour d'autres encore, nous avons l'impression qu'ils ne réalisent pas ce qui vient de leur
arriver, ils semblent totalement perdus, désorientés, comme après un accident. C'est ce que l'on appelle le "choc carcéral". Et puis, il y a ces personnes qui sont incarcérées et qui clament leur
innocence : manipulation ou vérité ? Ce n'est pas à nous d'en juger (Chacun son métier ! Nous ne sommes pas juges ! ), certains ont l'air sincères. Il n'est pas question de les croire ou de ne
pas les croire, ils seront soutenus et aidés dans tous les cas. Même quand on ne les croit pas, on fait semblant, si ça peut les aider à avoir une meilleure image d'eux-même alors nous aurons
fait notre travail. Certains se dévoilent réellement une fois que le jugement est passé. Nous respectons le secret professionnel mais chacun a le droit d'être sur ses gardes, de ne pas avoir
confiance. Pas évident de se livrer à de parfaits inconnus... Je respecte leurs choix...
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