Tous les matins, les personnes arrivées la veille en détention sont vues par un médecin, un radiologue, un
psychologue, un psychiatre, un membre de l'administration pénitentiaire... Faire les arrivants c'est se confronter à la détresse, à la tristesse, aux difficultés de certaines vies. Le but de ces
entretiens est de faire un état des lieux avec le patient, un état des lieux concernant sa vie (famille, emploi, lieu d'habitation...), concernant sa santé, concernant ses dépendances aussi
(cocaïne, héroïne, cannabis, alcool, tabac...) puisqu'il faudra repérer ces patients dépendants et/ou toxicomanes et leur venir en aide car le sevrage et le manque seront
des difficultés supplémentaires en plus du fait d'être enfermé et privé de liberté. Il s'agira de prévenir les risques de suicide en demandant au patient s'il a des antécédents
psychologiques, psychiatriques et s'il a déjà fait des tentatives de suicide. Chaque personne incarcérée est vue dans le but de prévenir certains risques et de les informer sur
le fonctionnement de la prison et du service médical.
Mes premières journées de stage ont consisté à faire les arrivants en tant qu'observatrice. Au début, j'avais le sentiment d'être en train de regarder un mauvais film. Les histoires de vie des
patients me paraissaient irréelles, improblables. J'ai été touchée par certaines d'entre elles... Faux et usage de faux pour pouvoir obtenir un crédit pour assister à l'enterrement d'un proche,
non paiement de la pension alimentaire de ses enfants car son ex femme ne veut pas qu'il les voit, braquage à main armée juste pour montrer à ses proches qu'il ne va pas bien (il ne fera aucun
blessé), trafic de stupéfiants pour avoir assez d'argent pour une opération chirurgicale non remboursée. Vu de l'extérieur c'est tellement facile de juger : celui qui ne paie pas la pension
alimentaire est surement un salaud qui a rejetté ses enfants, celui qui a trafiqué est surement un toxico en manque, le braqueur c'est un voyou qui voulait faire peur aux gens et s'en mettre
plein les poches, usage de faux pour faire un crédit : surement un homme qui voulait se payer du bon temps avec tout cet argent ! C'est trop facile, trop facile de les juger comme ça, de leur
jeter la pierre, si nous avions nos deux pieds dans leur vie : nous aurions peut-être agi de la même manière.... A méditer ....
par Stagiaire en prison
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Comme dans la vie extérieure : à chaque évènement chacun réagit d'une manière différente. Les arrivants ne font
pas figure d'exception, ils réagissent, eux aussi, tous différemment. Certains pleurent : c'est leur deuxième jour d'incarcération et leur famille leur manque déjà, "Que vont penser mes enfants
de moi?", "Je ne veux pas que mes parents viennent me voir ici" Pourquoi ? "J'ai honte". Ils sont souvent gênés de laisser filer leurs larmes alors ils luttent avec le menton tremblant et les
yeux luisants. Quand on leur explique que nous ne sommes pas là pour porter un jugement, en général ils ne luttent plus, ils redeviennent enfants et ils pleurent. Je suis toujours émue par les
larmes de ces hommes qui paraissent pourtant si durs et si solides.
D'autres ne faiblissent pas, ils en sont à leur cinquième, dixième, quinzième incarcération, ils ont l'habitude, ils acceptent : "J'ai refait une connerie, j'assume". On ne peut pas dire qu'ils
soient contents d'être là mais ils sont résignés à attendre leur sortie avec plus ou moins de patience. Pour d'autres encore, nous avons l'impression qu'ils ne réalisent pas ce qui vient de leur
arriver, ils semblent totalement perdus, désorientés, comme après un accident. C'est ce que l'on appelle le "choc carcéral". Et puis, il y a ces personnes qui sont incarcérées et qui clament leur
innocence : manipulation ou vérité ? Ce n'est pas à nous d'en juger (Chacun son métier ! Nous ne sommes pas juges ! ), certains ont l'air sincères. Il n'est pas question de les croire ou de ne
pas les croire, ils seront soutenus et aidés dans tous les cas. Même quand on ne les croit pas, on fait semblant, si ça peut les aider à avoir une meilleure image d'eux-même alors nous aurons
fait notre travail. Certains se dévoilent réellement une fois que le jugement est passé. Nous respectons le secret professionnel mais chacun a le droit d'être sur ses gardes, de ne pas avoir
confiance. Pas évident de se livrer à de parfaits inconnus... Je respecte leurs choix...
par Stagiaire en prison
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Je croise tous les jours des personnes aux bras recouverts de cicatrices, de coupures. Parfois les traces
s'étendent, le ventre est lui aussi marqué par cette douleur. Je ne m'habitue pas à ces marques, j'ai mal pour eux. Pourquoi font-ils cela ? Pourquoi s'infliger cette souffrance ? J'imagine que
pour certains c'est un appel à l'aide, une manière de s'exprimer, de faire dire au corps ce que la bouche ne parvient plus à exprimer. Pour d'autres, c'est peut-être pour se donner le sentiment
d'exister, d'être encore quelqu'un, quelqu'un de vivant. Pour d'autres encore il s'agit bel et bien d'une tentative de suicide, d'un désir de mourir qui a pris le dessus sur le désir de
vivre. Et puis il y a les impulsifs, agressifs qui, lors de moments de colère, préfèrent s'en prendre à eux-même plutôt que de prendre le risque de se retourner contre autrui (codétenu,
surveillants...). Les auto-mutilations ne sont pas le signe de la folie mais le signe de la souffrance...
par Stagiaire en prison
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Certains de vos mails et de vos commentaires (tous très gentils et très encourageants) me souhaitent "Bon
courage"... Ce n'est pas à moi qu'il faut souhaiter "Bon courage". J'ai choisi de faire mon stage dans ce milieu et je ne le regrette absolument pas, je n'y ai jamais été contrainte. C'est aux
détenus et à leurs familles qu'il faut souhaiter "Bon courage" car malgré les sept lourdes portes à franchir, malgré le détecteur de métaux, malgré ma carte d'identité à récupérer : je suis
libre. Il y a d'autres personnes qui méritent qu'on leur souhaite "Bon courage" : ce sont les surveillants, certains d'entre eux font leur métier avec beaucoup de respect pour les détenus, ils
sont compatissants et compréhensifs. En retour, ils ont rarement la reconnaissance qu'ils méritent, on les imagine bagarreurs, costauds, méchants, dédaigneux et pourtant ils ne sont pas tous
comme ça. Ils en ont du courage ceux que l'on appelle "les matons" et je leur dis "merci" car si je me suis toujours sentie en sécurité c'est aussi parfois grâce à eux. Plus tard, je ferai un
article sur cette profession mal-connue et mal-jugée...
par Stagiaire en prison
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Peut-être que j'aurais dû commencer par là mais peu importe ... Je ne veux pas devenir riche mais juste partager
la richesse de cette expérience, je ne veux pas devenir célèbre mais rendre célèbre la situation des détenus et du personnel travaillant dans le milieu pénitentiaire, je ne veux pas que vous
pensiez comme moi mais je veux au moins que vous y pensiez, je ne veux pas de médaille mais juste des lecteurs actifs avec qui je pourrais partager mes pensées, mes ressentis, mes angoisses ...
Je ne prétends pas révolutionner le monde (du haut de mes 21 ans ça serait prétentieux ! ) mais l'idée de contribuer à faire connaître le milieu carcéral me plaît. Quand on vit une expérience
forte, une expérience qui nous marque, une expérience qui nous pousse à refléchir et à aller plus loin, on ne peut s'empêcher d'avoir envie de la partager, de la faire découvrir à
d'autres...
par Stagiaire en prison
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